Les contrebassistes qui me touchent…

J’ai longtemps été une accroc de Dave Holland, capable de faire 1500 km dans le week-end (moi, pas lui) pour le voir sur scène. C’est pour moi un maître incontesté. Le groove, la tourne, la maîtrise du son et de la métrique, et un accompagnateur hors pair. C’est grâce à lui (et à son insu) que j’ai approfondi une des fonctions de la contrebasse : « Comment faire en sorte que le bonhomme que j’accompagne donne le meilleur de lui-même ». J’étais naïvement persuadée qu’il pensait à ça avant de monter sur scène. Peut-être que oui d’ailleurs…

J’ai une admiration sans bornes pour Marc Johnson. Un véritable albatros. Un poète. Ses lignes de basse sont un véritable massage des tympans, et ses chorus un miel aux milles parfums. Toujours en sensibilité et en écoute, pour moi, une référence.

Scott la Faro bien sûr, même s’il évolue dans des sphères qui me paraissent intouchables.

Palle Danielsson parce qu’il est toujours dans une prise de risque, comme s’il se surprenait lui-même.

Bruno Chevillon… rencontré en 2001 lors d’un stage, je ne suis toujours pas revenue de son engagement pédagogique et de son concert, un solo de 45’ sur des textes de Pasolini. Je suis sortie de là complètement azimutée, et je n’ai pas touché terre durant les 3 semaines qui ont suivi. Il a, sans le savoir, totalement révolutionné ma vie musicale. Ça a été le cinquième…

La dimension intérieure…

A un « certain moment », je me suis posé la question : « Mais… comment être une bonne musicienne ? » (question que je me pose sans cesse). La réponse m’a semblé se trouver à l’intérieur. Il y a certes l’apprentissage de la technique. Mais celle-ci ne devrait être qu’un outil de langage, permettant à l’émotion, au sentiment, de prendre forme.

J’aime à imaginer le musicien comme étant un sculpteur de l’onde sonore… cependant, c’est une sculpture très fugace, le son émis n’est déjà plus dans l’instant qui suit. Alors que le bois et la pierre perdurent.

Et puis, dans un groupe, nous sommes plusieurs à prendre la parole en même temps, chaque instrument ayant sa fonction propre.

Donc à ce « certain moment » j’ai ressenti le besoin de lâcher prise par rapport aux contingences techniques (qui ne sont pas pour autant subalternes, je suis juste passée de « la technique pour la technique » à « la technique comme outil pour… »).

Lâcher prise sur « ça »… boooooon… ok.
Mais pour aller où ?

Légère panique… la technique c’est quand même un outil bien commode quand on n’ose pas s’exposer tel qu’on est… c’est comme un bonhomme qui ferait une conférence sublime sur le tantra, mais qui serait un manche (passez moi l’expression) au lit…

Parce que exprimer l’être, le sentiment, aller puiser ce qu’il y a de précieux au fond de nous, sans craindre d’être bafoué, c’est un sacré chemin. Toutes les personnes engagées sur cette voie (artistes ou non) vous le diront. Et de plus, je pense qu’on n'a pas besoin d’être un artiste torturé pour avoir un discours qui touche.

Ce « certain moment » dure depuis maintenant quelques années, et la dimension intérieure s’est imposée au fur et à mesure, comme étant une spiritualité de l’instant. L’honnêteté, l’humour, la tendresse pour qui nous sommes. Juste des humains en devenir d’êtres humains. Se relier de l’intérieur à une dimension magique, infinie, sans tomber dans un mysticisme à deux balles.

Et surtout, pour nous musiciens (mais finalement… pour nous tous, non ?) avoir envie de créer à plusieurs un même discours, qui se formulerait en même temps, avec une sémantique différente et propre à chaque instrument… et à chaque musicien. Ce qui nous donne une équation aléatoire à multiples inconnues improbables.

Je me souviendrai toujours d’un de mes profs qui disait : « Soigne la qualité de ton son. Le son est notre véhicule émotionnel. Pour le danseur, c’est le corps. Nous, c’est le son. Soigne ton son »
Et le son ne serait-il pas un des reflets de notre âme ?

Donc, finalement, je me suis dit que le son était un outil d’expression de notre âme.
Pas mal, non ?

Et si être un « bon » musicien c’était le moins d’interférence possible entre notre âme et le son/mélodie/phrase qui sort de notre biniou ? Tout en étant en interconnexion avec le groupe ? Sans perdre son individualité ?

Balaise, n’est-il pas ?

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